L’arnaque de la synergie
Écoutez-les, ces consultants en stratégie qui, le cul vissé sur des chaises ergonomiques à mille balles, vous gargarisent de « synergie », de « co-création » et d’« alignement holistique ». Pour eux, l’entreprise est une horlogerie suisse où chaque rouage huilé chante une ode à la productivité. Quelle vaste blague. C’est ignorer superbement la réalité organique de la bête. En vérité, ce qu’ils appellent « synergie » n’est souvent qu’une forme polie de lynchage collectif par le consensus mou, une manière de diluer la responsabilité jusqu’à ce qu’elle devienne homéopathique.
La réalité du travailleur, ce n’est pas ce diagramme circulaire coloré projeté sur un mur blanc. C’est l’expérience viscérale, quotidienne, de l’écrasement. Cela commence bien avant de badger. Cela débute dans la ligne 13 du métro ou le RER B, à 8h15, quand vous êtes compressé contre la vitre grasse, le nez dans l’aisselle d’un inconnu dont l’hygiène est aussi douteuse que la solvabilité de votre employeur. Vous respirez cet air recyclé, chargé de CO2 et de désespoir, entouré de visages grisâtres qui ont déjà capitulé avant même le premier café. C’est ça, l’état fondamental du système : une friction permanente, une chaleur moite et inutile, une perte d’énergie vitale pour simplement se déplacer d’un point A à un point B sans hurler. Vous arrivez au bureau déjà vidé, le disque dur mental saturé par le bruit ambiant, et c’est là que le véritable cauchemar thermodynamique commence.
Le siphon bouché
Une organisation, dès qu’elle dépasse la taille d’une tribu primitive, ne tend pas vers l’ordre. Elle tend vers la pourriture. Ce n’est pas seulement de la physique statistique, c’est de la plomberie. L’entropie, dans un open space, ne se manifeste pas par une équation élégante, mais comme une boule de cheveux gluants et de savon rance qui bouche le siphon de la douche.
Au début, l’eau s’écoulait. Maintenant, chaque tâche, aussi triviale soit-elle, doit traverser une couche épaisse de « process ». Valider un budget de cinquante euros demande la signature de trois managers qui ne se parlent pas, l’ouverture d’un ticket dans un logiciel codé avec les pieds, et une réunion de cadrage pour définir le périmètre de la dépense. C’est du délire. Vous passez votre jeunesse, cette énergie libre précieuse, à curer ce siphon à mains nues. Votre temps de cerveau disponible est dévoré non pas par la création de valeur, mais par la friction administrative. C’est une machine à transformer l’or des neurones humains en plomb bureaucratique. Vous ne travaillez pas ; vous lubrifiez les rouages rouillés d’une machine qui a oublié sa fonction première. Votre salaire n’est pas une récompense, c’est une indemnité pour dommages corporels et mentaux, le prix du silence face à l’absurdité.
L’ornement de l’incompétence
Pour maintenir cette illusion de structure face au chaos grandissant, le système doit brûler du capital. Il doit dissiper de l’énergie pour repousser temporairement l’équilibre thermique, c’est-à-dire la mort. Et comment cette dissipation se manifeste-t-elle au sommet de la pyramide ? Par le faste ridicule.
Observez votre N+2 lors du prochain CODIR. Regardez-le feindre l’importance, griffonnant des annotations illisibles sur un document que personne ne lira jamais, brandissant un stylo plume Meisterstück platiné comme s’il s’agissait du sceptre de Charlemagne. C’est fascinant de vulgarité. Cet objet coûte l’équivalent d’un mois de loyer d’un stagiaire, et il est utilisé pour signer l’arrêt de mort de l’innovation. C’est un thermomètre de luxe planté dans le cul d’un cadavre pour vérifier s’il est encore chaud. Ce n’est plus un outil d’écriture, c’est une amulette, un gris-gris de technocrate qui espère que la brillance de la résine précieuse aveuglera les actionnaires sur la vacuité de sa propre contribution. Plus l’instrument est cher, plus la décision qu’il entérine est probablement stupide.
Rupture de phase
La thermodynamique est une maîtresse cruelle qui finit toujours par présenter l’addition. Quand l’énergie dissipée pour maintenir la bureaucratie dépasse l’énergie produite par le travail réel, la rupture est inévitable. Les éléments les plus volatils — les compétents, les lucides — s’évaporent les premiers. Ils quittent le navire. Il ne reste alors que le précipité lourd : les chefaillons, les planqués, ceux qui ont fait de l’inertie un art de vivre.
L’entreprise devient alors un système zombie, mort mais continuant d’avancer par spasmes réflexes, dévorant de l’argent frais pour maintenir une température corporelle artificielle. N’essayez pas de sauver les meubles. N’essayez pas de « changer les choses de l’intérieur ». On ne négocie pas avec le deuxième principe. Prenez votre veste, éteignez cet écran qui vous brûle les yeux. Dehors, il pleut, mais au moins, c’est de l’eau propre.
コメントを残す