Asseyez-vous. Non, pas cette chaise, elle est bancale, à l’image de votre plan de carrière. Garçon ! Un autre demi, et par pitié, essayez de ne pas y mettre autant de mousse que dans les rapports annuels de ce monsieur. Ce que je m’apprête à vous expliquer, entre deux gorgées de ce liquide infâme, c’est que votre précieuse « valeur d’entreprise » n’est qu’une aberration mathématique. Vous pensez diriger des humains vers un but commun ? Détrompez-vous. Vous ne faites que naviguer à l’aveugle sur une variété de Riemann dont la courbure est dictée par la bêtise collective.
Thermodynamique de l’échec
Commençons par l’évidence : le travail moderne est une lutte perdue d’avance contre l’entropie. Vous engagez des consultants, vous organisez des séminaires de « team building », vous digitalisez vos processus… C’est pathétique. C’est exactement comme essayer de recharger un smartphone moribond avec une batterie externe bon marché qui chauffe plus qu’elle ne charge. L’énergie que vous injectez dans le système ne sert pas à produire du travail, mais uniquement à compenser les pertes thermiques dues aux frottements de votre propre bureaucratie.
Dans le langage de la géométrie de l’information, chaque réunion que vous organisez est une tentative désespérée de minimiser la divergence de Kullback-Leibler entre le fantasme de votre PDG et la réalité sordide du terrain. Mais savez-vous ce qui se passe réellement dans ces salles de réunion mal ventilées ? C’est du mouvement brownien pur. Les particules — vos employés — s’agitent, se heurtent, échangent de la chaleur et des banalités, et finissent par s’immobiliser dans un état d’équilibre thermique qui sent le café froid et le désespoir. L’information ne circule pas ; elle pourrit sur place, comme un vieux sandwich au thon oublié dans un tiroir.
C’est d’un fatigant.
La Métrique de l’Ennui
Parlons maintenant de cette « création de valeur » que vous aimez tant chanter sur LinkedIn. Si j’étais encore à l’université, je définirais cela par la métrique de Fisher. C’est une mesure de la quantité d’information que votre organisation peut extraire de son environnement. Mais regardez autour de vous : votre « transformation digitale » n’est qu’un changement de coordonnées locales. Vous n’avez pas changé la géométrie de l’espace, vous avez juste renommé les axes « X » et « Y » en « Agilité » et « Résilience ». Au fond, la distance géodésique vers le succès reste infinie.
Chercher la trajectoire optimale dans une telle structure, c’est comme tenter de rentrer chez soi à trois heures du matin après avoir ingéré un kebab douteux : on croit avancer en ligne droite, mais la topologie de l’espace-temps semble se tordre sous nos pieds, et l’on finit inévitablement avec de la sauce samouraï sur sa chemise blanche. De la même manière, l’information stratégique, en descendant la hiérarchie, subit une déformation telle qu’elle devient méconnaissable. C’est un spectacle fascinant de voir un cadre supérieur noter ses « intuitions disruptives » avec un sérieux papal dans un carnet de notes en cuir hors de prix, alors que le contenu de sa pensée a moins de profondeur que la flaque de bière sur cette table. La noblesse du support ne fait qu’accentuer la vacuité du propos.
L’Absurde Statistique
Et puis, il y a la phase terminale : la transition de phase vers la « responsabilité sociétale ». C’est le moment précis où l’intérêt privé prétend se dissoudre dans un existentialisme public. Scientifiquement, c’est une transition de phase du second ordre où le paramètre d’ordre — appelons-le l’honnêteté — s’effondre brutalement vers zéro.
Votre entreprise devient une entité « publique », non pas au sens noble, mais au sens d’un vieux parapluie abandonné dans le métro : elle n’appartient plus à personne, donc tout le monde s’essuie les pieds dessus. Sartre disait que l’homme est condamné à être libre. Dans votre monde, l’employé est condamné à devenir une donnée statistique. Dès que vous essayez de mesurer sa performance individuelle, sa fonction d’onde s’effondre. Il cesse d’être un individu créatif pour devenir une coordonnée figée dans un tableau Excel, une simple fluctuation dans un espace de Hilbert sans âme.
Chercher du « sens » là-dedans ? Autant essayer de trier des grains de sable par taille avec des gants de boxe. C’est une quête absurde, une farce tragique où chacun feint de croire que le prochain trimestre sera meilleur, alors que la courbure scalaire de votre univers professionnel tend inexorablement vers le néant. Vous ne construisez rien ; vous ne faites qu’agiter des nuages de probabilités en espérant que la foudre ne tombe pas sur votre département.
Garçon, l’addition ! Et gardez la monnaie, l’inflation aura de toute façon réduit sa valeur réelle à néant avant même que vous n’ayez le temps de la mettre dans votre poche.
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