On s’était quittés, je crois, sur cette idée saugrenue que l’efficacité était une vertu. Quelle blague. Regardez ces cloportes s’agiter dans le métro : ils suent, ils puent, et ils sont persuadés que leur « contribution au service public » a plus de consistance que la graisse qui fige sur un emballage de burger bas de gamme. On nous vend le travail comme une épopée, alors qu’il n’est qu’une agitation brownienne dans un bocal de formol. C’est la même fatigue que celle d’une batterie de téléphone chinois qui rend l’âme au bout de trois appels, une obsolescence programmée de l’âme humaine pour laquelle on demande encore de payer un abonnement.
C’est ridicule. J’ai envie de vomir.
L’Agonie de la Valeur
Le concept de « contribution publique » n’est que le maquillage grossier d’un cadavre. Si l’on déshabille ce discours managérial, ce que vous appelez « travail » n’est qu’une distribution de probabilités sur une variété statistique dont la courbure ne sert qu’à vous faire glisser plus vite vers l’oubli. L’effort n’est pas une grandeur morale, c’est la trace d’un ongle sur un tableau noir. Imaginez un espace où chaque geste professionnel est une goutte de sueur tombant dans une flaque d’huile : on cherche un sens là où il n’y a que de la viscosité. Dans la géométrie de l’information, la distance entre vos rapports inutiles et l’utilité réelle est une divergence de Kullback-Leibler que même la plus stupide des machines pourrait calculer en un clin d’œil. C’est exactement comme mesurer l’écart entre la photo saturée d’un menu de bistrot et le tas de boue tiède qu’on vous sert réellement dans l’assiette. On mâche du carton, et on remercie le chef pour la texture.
C’est cette courbure, cette déformation de la réalité par le poids de la bureaucratie, qui finit par nous broyer les vertèbres. On passe des heures à ajuster des paramètres sur un sous-main en cuir taurillon à deux mille euros comme si le luxe du support pouvait racheter la pauvreté de la pensée. C’est l’apogée de l’absurdité : on habille le vide avec de la peau de bête pour oublier que l’on écrit des lignes de code qui ne servent qu’à accélérer d’autres lignes de code, dans une boucle de rétroaction aussi stérile qu’une salle d’attente de préfecture un lundi matin.
La Géométrie de la Ruine
L’irruption des automates de calcul et de leurs algorithmes serviles n’est pas une révolution, c’est un nettoyage par le vide. Ces prothèses cognitives lissent la variété statistique, elles éliminent le « bruit » — ce que les idiots appellent encore « le facteur humain » ou « l’intuition ». Ce qu’il reste ? Une surface plate, froide, où aucune aspérité ne permet de s’accrocher. La notion de « carrière » devient une géodésique menant directement à la décharge. Nous ne sommes plus des créateurs, nous sommes des variables d’ajustement dans un système qui cherche son point de congélation, le zéro absolu de l’initiative.
La fatigue que vous ressentez le soir n’est pas de la noblesse, c’est de l’entropie pure. Votre cerveau surchauffe comme un vieux processeur couvert de poussière, essayant désespérément de maintenir un semblant d’ordre dans une décharge de données. On finit par ressembler à ces serveurs de café parisiens, aigris et pressés, qui tournent en rond dans une salle vide en faisant claquer leurs talons sur un carrelage fendu, jusqu’à ce que le propriétaire éteigne la lumière.
J’ai une soif atroce, et ce n’est pas de votre prose que je m’abreuverai.
Admettre que l’utilité est un mensonge est le seul début de lucidité possible. La seule métrique qui compte encore est la capacité à devenir une erreur irrécupérable dans leur métrique de Fisher. Soyez l’odeur de brûlé dans la machine, la tache d’encre indélébile sur le contrat, l’imprévu qui fait rater le calcul. Tout le reste, c’est de la littérature pour des consultants qui se croient importants parce qu’ils portent des montres à quartz dans des avions en retard.
Ne me regardez pas comme ça. Allez-vous-en.
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