Écoutez, posez ce verre un instant et regardez la rue. Ce spectacle de fourmilière que nous appelons fièrement « service public » n’est rien d’autre qu’une tentative pathétique de maintenir une homéostasie dans un système qui ne demande qu’à s’effondrer. On nous parle de « contrat social », de « bien commun », comme si ces concepts avaient une réalité tangible au-delà des rapports de force bureaucratiques. En réalité, le travail public n’est qu’une manipulation de probabilités sur une variété statistique dont la courbure nous échappe totalement. C’est le prix que nous payons pour ne pas nous entre-égorger pour un ticket de métro aux heures de pointe.
C’est d’une naïveté confondante.
Le Mirage Thermodynamique
Le travailleur, cet animal étrange, s’imagine que son labeur possède une « valeur intrinsèque ». Quelle blague. D’un point de vue purement thermodynamique, l’administration est un dissipateur d’énergie massif, comparable à un vieux radiateur électrique qui consomme votre salaire annuel pour produire une chaleur à peine perceptible dans une pièce pleine de courants d’air. On brûle du glucose et des années de vie pour produire des formulaires Cerfa qui finiront par nourrir des serveurs informatiques dont l’empreinte carbone ferait passer un incendie de forêt pour une bouffée d’air frais. La « solidarité » n’est que le nom poétique que nous donnons à notre peur collective de l’incertitude, une sorte d’assurance-vie que l’on paierait en monnaie de singe à un État qui a déjà fait faillite moralement.
Prenez la SNCF ou les services postaux. Ce ne sont pas des institutions, ce sont des expériences de pensée sur la patience humaine et la dégradation de la matière. On nous vend l’idée que le mouvement des individus et des informations est un droit, alors que ce n’est qu’un flux de particules dans un milieu visqueux, comme de la graisse de friture figée dans un conduit d’évacuation. Quand le système s’arrête — et Dieu sait qu’il aime s’arrêter en ce pays, pour un oui ou pour un non, pour une feuille morte sur un rail ou une humeur de syndicaliste mal luné — ce n’est pas une crise, c’est simplement la réalité physique qui reprend ses droits sur l’illusion de l’ordre. C’est le moment précis où l’on réalise que le « service » n’a jamais été qu’une fiction commode pour justifier le prélèvement automatique de nos maigres économies.
La Géométrie de l’Échec
Si l’on s’extrait de cette sentimentalité dégoulinante pour observer la chose via la géométrie de l’information, le paysage est encore plus désolant. Considérez l’espace des opinions publiques comme une variété statistique riemannienne. Chaque point est une distribution de probabilité, une petite bulle d’égoïsme qui tente de se faire passer pour un idéal. L’effort consenti pour atteindre un consensus — ce que les politiciens appellent « le dialogue » — n’est rien d’autre que la mesure de la distance de Fisher entre deux points de cet espace. Mais ici, la distance ne se mesure pas en mètres ; elle se mesure en degrés de frustration et en litres de sueur froide versés devant un guichet fermé.
Le problème fondamental, c’est que la courbure de cette variété est devenue monstrueuse, comme un trottoir déformé par les racines d’un arbre mort que personne ne se donne la peine de couper. Plus la société se fragmente, plus cette courbure s’accentue, créant des puits gravitationnels où les idées s’engouffrent pour ne plus jamais ressortir. C’est le syndrome de la batterie de smartphone par moins cinq degrés : vous pensez avoir 20 % de réserve de démocratie, vous essayez de passer un appel pour un secours minimal, et soudain, tout s’éteint sans prévenir parce que la résistance interne du système est devenue infinie.
Pour masquer cette impuissance, on se raccroche à des fétiches, des objets qui simulent l’autorité et la permanence. J’ai vu l’autre jour un stylo-plume d’exception exposé derrière une vitrine blindée, vendu à un prix indécent, comme si cet objet pouvait encore tracer des lignes droites et claires dans un monde qui ne connaît que les spirales de l’échec et les ratures. C’est fascinant de voir comment le luxe tente de sacraliser le vide, en vendant des instruments de haute précision à des gens qui ne savent même plus signer leur propre démission sans trembler.
Quelle plaie.
Le Transport des Illusions
La question de la distribution de la valeur, ou ce que les idéalistes appellent la « justice sociale » entre deux gorgées de vin bon marché, relève en réalité de la théorie du transport optimal. Comment déplacer la masse de ressources d’une configuration actuelle — vos poches — vers une configuration cible — les coffres de l’État — avec un coût minimal pour ceux qui manipulent les chiffres ? Gaspard Monge l’avait compris bien avant les théoriciens du revenu universel : c’est une question de terrassement, de déplacement de boue et de gravats. Ce n’est pas de la morale, c’est de la logistique brute.
L’analyse de Kantorovich nous montre que le prix de ce déplacement n’est pas une question de « mérite », mais de couplage entre des mesures de probabilité. Si l’on déshumanise le processus — et il le faut pour ne pas finir par pleurer dans son café — on s’aperçoit que les biais cognitifs humains, comme l’empathie ou le ressentiment, ne sont que des frottements inutiles, de la rouille sur les engrenages de la machine à distribuer les miettes. Nous sommes des variables aléatoires qui s’agitent dans un champ de forces économiques, et nous appelons « destin » le résultat d’une intégrale que nous sommes trop paresseux pour calculer.
La société n’est pas un organisme vivant, c’est un algorithme de tri qui a mal tourné, une boucle infinie qui tente de diviser par zéro l’espoir de millions d’imbéciles en attendant que la machine plante définitivement.
Je veux rentrer. C’est d’un ridicule.
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